LES NOTAIRES FRANÇAIS -

VUE DE LA CITY DE LONDRES



Par DAVID ANDERSON

(Solicitor of England and Wales)



La profession de notaire français me fait penser à la profession de solicitor dans les années soixante-dix. Il y avait à cette époque un monopole et un barème et presque tous les law firms (cabinets) faisaient le conveyancing (la rédaction des actes translatifs de propriété immobilière) des résidences. En moins de 10 ans tous les deux ont été abolis et la concurrence libre mise en jeu. Tout cela était impensable et vu comme une catastrophe à l’époque ; mais il est arrivé avec une vitesse étonnante. Les gagnants étaient les cabinets qui se sont spécialisés en les secteurs commerciaux et qui ont abandonné vite leur travail traditionnel de generalist (fournisseur de services juridiques généraux). Les perdants étaient les cabinets qui ont continué avec le conveyancing traditionnel et qui ont vu un déclin inexorable dans leurs bénéfices. Les jeunes solicitors qui ont fidèlement investi dans les cabinets pleins de tradition mais qui n’ont pas changé, n’ont jamais gagné ce que leurs prédécesseurs ont gagné et se lamentent toujours du temps et de l’argent investis pour devenir partner (associé) dans un cabinet qui aujourd’hui n’a aucune valeur.


Est-ce que cela peut arriver en France ? Je crois qu’oui, et je pense qu’il est dans les intérêts des jeunes notaires et des notaires avec les esprits ouverts d’ouvrir un débat interne en France sur l’avenir de la profession. La réponse standardisée de dire que votre profession est un office ministériel et hors des lois de la concurrence européenne aura une valeur à court terme et risque de faire le passage à la concurrence plus difficile dans le futur. Le refus d’accepter les étrangers comme notaires et d’empêcher les fusions avec les cabinets étrangers va finir de vous isoler en Europe et de vous faire dépendre de plus en plus de la bonne volonté de la classe politique française avec les risques inhérents dans cette stratégie.


Je travaille chaque journée avec les notaires français sur les dossiers des anglais qui achètent les résidences françaises jusqu'à Euros 30 millions et pour les fonds de pension anglais que je représente, qui dépensent environ Euros 10 millions par mois en immobilier français, ça va s'accroître dans les prochains mois avec les réformes de ces fonds en Angleterre. J’ai toujours été fortement impressionné par la bonne connaissance technique des notaires avec lesquels je travaille et par leur honnêteté scrupuleuse et je crois qu’en commençant doucement avec les changements et une ouverture partielle votre profession jouera un rôle important - même prédominant - dans l’immobilier en Europe. Pourtant si vos leaders professionnels persistent dans une politique d’isolation, on pourra craindre une défaite catastrophique du notariat français.

20 mars 2006


David Anderson

Solicitor and Chartered Tax Adviser

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