PROFESSION NOTAIRE

Cet article a paru dans La Gazette du Gers

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et paraît dans ce site grâce à l'autorisation amicale du Directeur de la publication et rédacteur en chef de La Gazette François Missonnier.


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Fidèle à sa volonté de toujours se compléter et s’améliorer, La Gazette a décidé de créer une nouvelle rubrique destinée à mettre en lumière des professions ou des fonctions dont on parle peu, qui ne sont pas toujours bien appréhendées par nos concitoyens ou par nos amis étrangers venus s’installer dans notre pays. Elles sont souvent incontournables. C’est le cas pour les professions juridiques ou pour les fonctions de l’État. Les femmes et les hommes qui exercent ces métiers sont les mieux placés pour en parler. La Gazette leur donne la parole sous cette rubrique" Profession…".


En accord avec la
Chambre Interdépartementale des Notaires, Maître Philippe Mercadier, Notaire à Fleurance, son trésorier, a accepté de nous répondre.


François Missonnier : Maître, qu’est ce qu’un Notaire, quelle est sa fonction ?

Maître Mercadier : Le notaire exerce à la fois dans un cadre libéral et dans celui d'une profession réglementée. À ce dernier titre, il est nommé par arrêté du ministre de la Justice en qualité d'officier public pour assurer, au nom de l'Etat, le service public de l'authenticité. Les actes qu'il reçoit sont dits "authentiques" car revêtus du sceau de l'Etat, ce qui les rend en principe incontestables quant à leur date, leurs signatures et les conventions convenues entre ceux qui y ont participé, à la différence des actes sous-seing privés plus sujets à contentieux. Le notariat a été institué, (on en trouve les prémisses en droit romain) pour pacifier les relations contractuelles par l'intervention d'un médiateur impartial. On a coutume de dire que le Notaire est un " Magistrat du gracieux ". Notre profession est largement représentée dans toute l'Europe, y compris en Russie, à l'exception des pays anglo-saxons et nordiques qui ne connaissent que l'avocat. Dans le système du droit anglo-saxon, chaque partie est représentée par son avocat dans une "négociation" où peut se présenter le risque que celui qui peut financièrement obtenir les conseils du meilleur juriste l'emporte. C'est peut-être ce qui a très récemment déterminé un grand pays émergent comme la Chine à instituer sur son territoire le notariat sur le modèle français, de préférence au système du "tout avocat" anglo-saxon.

F.M. : Dans quel cadre intervient un Notaire ?

M.M. : On peut dire que le notaire est autant un spécialiste en certains domaines qui lui sont propres que généraliste du droit. Son domaine de compétence propre concerne en priorité le droit de la famille (contrat de mariage, donation, partage, succession, adoption etc…) et celui de l'immobilier (vente, prêt…et en général tous les actes qui doivent être publiés au fichier immobilier). Ceci répond à un principe de précaution à l'égard des actes les plus importants de la vie. Pour le reste, il est à la confluence d'autres métiers, tels les avocats ou les huissiers, où il intervient dans des domaines variés (droit rural, de la construction, de l'urbanisme, droit fiscal, des sûretés…) pour donner ses conseils ou rédiger les conventions. Ceci implique une formation juridique représentant au moins sept années d'études supérieures dont un stage en office de deux années, et une formation permanente rendue d'autant plus indispensable par l'avalanche législative que nous connaissons depuis maintenant plusieurs années.

F.M. : Quelles autres fonctions sont particulières aux Notaires ?

M.M. : Le notaire assure la conservation des actes qu'il reçoit pendant cent ans (après ce délai ils sont remis aux archives départementales), en délivre des copies dites authentiques ou exécutoires qui ont alors la force exécutoire d'un jugement. Dans le cadre législatif, il ne faut pas oublier non plus que notre profession est un interlocuteur écouté des pouvoirs publics, et que de nombreuses réformes sont issues des réflexions du notariat, notamment de son Congrès annuel dont il a été fêté le centenaire en 2004.

F.M. : Dans quel cas vos honoraires sont-ils codifiés ?

M.M. : Lorsque le notaire intervient dans le cadre de son domaine de compétence exclusive, le législateur a prévu une tarification. Par contre, s'il intervient dans un cadre plus général, ses honoraires sont librement négociés avec le client.

F.M. : Quelles perspectives pour votre profession ?

M.M. : Le notariat est en pleine mutation. L'Internet révolutionne notre métier et nous ouvre des perspectives nouvelles. Par exemple, le fichier central des dispositions de dernières volontés qui répertorie l'ensemble des testaments et donations entre époux, inventé par le notariat français, et récemment étendu à la Belgique, est désormais consultable en ligne. De même sommes-nous reliés au cadastre pour les relevés de parcelles, bientôt je l'espère pourrons-nous consulter et éditer les plans cadastraux numérisés. Mais la grande révolution qui commence tout juste, que l'on appelle Télé-@ctes, nous permettra de publier nos actes directement par Internet. Ceci nous permettra une rapidité d'exécution absolument extraordinaire. De plus, seront développées les relations financières sécurisées avec la Caisse des Dépôts et Consignation (filiale du Trésor Public) qui est notre teneur de comptes. Un autre système dénommé "Planète" nous permettra à terme des relations directes et sécurisées avec les banques, notamment pour les dossiers de prêts, ce qui diminuera encore nos délais d'interventions, avant d'être étendu aux autres partenaires de la profession. Enfin, le notariat français a mis au point la signature électronique avec carte à puces qui va permettre la signature d'actes authentiques à distance entre offices. Pour conclure, l'on peut dire que la profession notariale est vraiment une profession d'avenir.


Propos recueillis par François Missonnier.